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Rédacteur en chef
Rédactrice de la section Santé publique, JAMC, Avec léquipe de rédaction de léditorial (Matthew B. Stanbrook MD PhD; Ken Flegel, MDCM MSc; Amir Attaran LLB Dphil; Laura Eggertson BA)
Il ne faut pas sous-estimer un adversaire comme la pandémie de grippe A H1N1 2009, particulièrement par les temps qui courent. En effet, cette pandémie a déjà occasionné un certain chaos dans plusieurs collectivités à travers le monde, y compris au Canada. Avant les premières éclosions, même les experts nauraient pas pu prédire le lieu dorigine du virus, la rapidité de sa propagation, ni la gravité de la maladie quil causerait chez des personnes par ailleurs en bonne santé. De plus, les efforts déployés pour le contenir ont échoué, alors quil sagit là de la première étape du contrôle dune éclosion.
Le virus à lorigine de la pandémie de grippe A H1N1 2009, quoiquinoffensif chez la plupart des gens qui le contractent, est néanmoins potentiellement mortel chez certains patients. Si la maladie continue dévoluer dans lhémisphère Nord comme elle la fait dans lhémisphère Sud, particulièrement au Chili et en Australie, nous assisterons probablement à une résurgence plus grave de cette dernière au cours de la prochaine saison grippale. La plupart des pays industrialisés ont déjà mis de lavant leurs plans daction en vue de la pandémie, et ce, avec succès. Or, si on se fie à la première vague de la maladie, on doit prévoir dimportantes augmentations du nombre de cas représentatifs des deux extrêmes de son spectre de gravité au cours de la pandémie de grippe A H1N1 2009.
De toute évidence, la prévention par limmunisation doit demeurer notre grande priorité. Au préalable, nous devons toutefois identifier les groupes les plus vulnérables ou à risque et convenir ensuite de la meilleure façon de les vacciner.
Le Canada et lOccident en général ne disposent que dune expérience limitée dans le domaine des campagnes de vaccination à grande échelle en présence de contraintes temporelles. Chaque année, nous éprouvons de la difficulté à déployer nos programmes de vaccination antigrippale à lintention de nos populations vulnérables. Ainsi, il arrive parfois que seulement 15% des habitants du Nunavut reçoivent leur vaccin 1. De même, lors de la plus récente éclosion doreillons chez des jeunes de la Nouvelle-Écosse, seulement 15 % des sujets ciblés ont reçu leur vaccin 2. Or, il sagit précisément dun des groupes dâge susceptibles dêtre des plus gravement atteints par la seconde vague de la pandémie de grippe A H1N1 2009, qui est pourtant à nos portes. Nous devons donc agir maintenant pour corriger ces problèmes daccessibilité et de mise en application.
Aucun programme de vaccination nest efficace à 100 %. Si nous narrivons pas à prévenir un nombre suffisant de cas de pandémie de grippe A H1N1 2009, nous pouvons nous attendre à ce quun fort contingent de jeunes patients gravement malades occupent la totalité des lits dans les unités de soins intensifs des établissements de soins tertiaires. Contrairement à la plupart des souches de virus grippaux saisonniers, la souche de cette pandémie semble envahir les voies respiratoires inférieures et les alvéoles, et non seulement les voies respiratoires supérieures, engendrant par le fait même une maladie plus grave 3,4. À ce jour, lexpérience acquise dans le monde nous indique que la maladie associée à cette souche se manifeste souvent par une atteinte pulmonaire aiguë, qui entraîne une redoutable hypoxémie. Pour sauver de jeunes vies, il faut alors souvent avoir recours à des technologies avancées de maintien des fonctions vitales telles, par exemple, la ventilation par oscillation de haute fréquence, loxygénation extracorporelle par oxygénateur à membrane et lusage prolongé de monoxyde dazote.
Or, ces technologies ne se retrouvent que dans les centres de soins tertiaires hautement spécialisés. Ces ressources étant cependant limitées, ces centres risquent rapidement de ne plus pouvoir fournir à la demande. Si cela se produit, nos principaux établissements de santé pourraient sen trouver paralysés.
Dans la plupart des régions, les plans durgence pour les périodes de pointe ne prévoient pas encore de mesures visant à assurer la disponibilité, en nombre suffisant, dun personnel médical expérimenté et lattribution déquipement spécialisé. Nous aurons également de difficiles décisions à prendre quant aux priorités daccès à ces ressources limitées. Les décideurs doivent donc, dores et déjà, souligner lurgence de rajuster les plans durgence à la lumière des expériences récentes et des derniers commentaires des diverses parties prenantes.
Pour commencer, tous les pays doivent se doter dun leadership fort et résolu. Ainsi, il faut nommer un champion de la santé indépendant et reconnu qui sera investi de pouvoirs exécutifs à tous les niveaux administratifs et qui relèvera en bout de ligne de la plus haute autorité au pays. Il faudra ensuite nommer des responsables locaux. Tous ces intervenants devront disposer de canaux de communication clairs et efficaces et dun accès rapide aux experts en la matière. En somme, il nous faut des responsables à tous les niveaux qui collaboreront rapidement les uns avec les autres pour résoudre des problèmes tels, par exemple, le besoin imprévu de déplacer du matériel et des effectifs dune région du pays à lautre, sans que cela ne soulève dobstacles relatifs aux permis dexercice, aux privilèges hospitaliers et aux risques de poursuite pour faute professionnelle.
Dans des pays comme le Canada où les responsabilités sont partagées entre de nombreux paliers de gouvernements, une telle collaboration et une communication claire et efficace deviennent une indispensable première ligne de défense. Par ailleurs, afin que tout se passe bien, les gouvernements doivent avoir ou mettre en vigueur des lois qui leur permettront davoir les coudées franches pour réagir rapidement en cas de problèmes complexes.
Le champion de la santé doit également sassurer que les chercheurs disposent, dès maintenant, des fonds nécessaires pour répondre aux questions urgentes qui demeurent en suspens, à savoir, pourquoi certains groupes spécifiques semblent plus vulnérables que dautres relativement à cette menace pour la santé, et ce, dans le but didentifier les traitements les plus efficaces.
Ce champion de la santé doit également informer tous les secteurs de la société quil leur revient à chacun deux de se doter dun plan daction individuel en vue de la pandémie de grippe A H1N1 2009: tous les paliers de gouvernements (y compris léchelon municipal), les commerces, les écoles, les garderies, les familles et les individus. Par exemple, nous aurions avantage à adopter lapproche du Royaume-Uni en instaurant un système de « pairs aidants en cas de grippe » par lentremise duquel les individus seraient responsables de surveiller leur état de santé mutuel et de sentraider les uns les autres.
Linsouciance nest pas de mise. Le champion de la santé et les autres leaders nationaux doivent immédiatement convoquer une réunion au sommet non seulement pour ériger des ponts entre les autorités sanitaires, les intervenants de première ligne, les responsables des soins durgence et autres professionnels de la santé, les décideurs, les planificateurs communautaires et le public, mais surtout afin de les renseigner sur les prochaines étapes et sassurer que les mesures appliquées par les responsables fonctionneront au niveau de la base. Bien que nous espérions que tout se passe bien, nous devons agir dès maintenant pour être en mesure daffronter le pire que la pandémie de grippe A H1N1 2009 pourrait nous réserver. Ce nest quainsi que nous sauverons des vies.
Plan daction national
Footnotes
Intérêts concurrents: Voir www.cmaj.ca/misc/edboard.shtml
Traduit par le Service de traduction de lAMC.
RÉFÉRENCES
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