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Rédactrice adjointe, Pratique clinique JAMC, Avec léquipe de rédaction de léditorial (Paul C. Hébert MD MHSc, Matthew B. Stanbrook MD PhD, Ken Flegel MDCM MSc, Noni MacDonald MD MSc, Amir Attaran LLB DPhil et Laura Eggertson BJ)
Voudriez-vous quun résident aux facultés affaiblies par lalcool vous soigne? Évidemment pas. Pourquoi, alors, est-il acceptable que des résidents épuisés examinent des patients, assistent les chirurgiens lors dinterventions chirurgicales ou rédigent des ordonnances lorsque leur capacité fonctionnelle est possiblement atteinte à un niveau comparable à celui de lintoxication alcoolique 1?
La privation de sommeil a une incidence sur lapprentissage, la cognition, le rendement au travail, le bien-être physique et psychologique ainsi que la vie personnelle. Les résidents ne sont pas miraculeusement immunisés contre le surmenage et ses conséquences 2. Après avoir travaillé de longues heures, les internes et les résidents sons plus susceptibles davoir des accidents de voiture, de se piquer accidentellement avec des aiguilles et de commettre de graves erreurs médicales 3,4,5. En privant les résidents de sommeil, on met non seulement leur santé en danger, mais aussi celle des autres.
Pour donner suite à ces préoccupations, certains ont recommandé la réduction des heures de travail pour les programmes de résidence. Dici le mois daoût 2009, la directive européenne sur le temps de travail limitera à 48 heures la durée maximale moyenne du temps de travail, avec un maximum de 13 heures consécutives, et exigera un temps de repos minimal. En 2003, lAccreditation Council for Graduate Medical Education (ACGME) des États-Unis a édicté un règlement qui restreint le temps de travail des résidents à un maximum de 80 heures par semaine, avec un quart de travail dau plus 30 heures. Lannée dernière, lInstitute of Medicine des États-Unis a demandé que des restrictions encore plus sévères soient appliquées.
Comme on pouvait sy attendre, une évaluation des nouveaux règlements de lACGME a révélé que, suite à leur mise en application, la qualité de vie des résidents aux États-Unis sest améliorée, en particulier dans les spécialités chirurgicales. Toutefois, pour certains résidents, la charge de travail na pas changé, même si les heures de travail ont diminué, et le niveau de satisfaction face à la formation a baissé ou est restée le même 6. Les prévisions dune expérience dapprentissage appauvrie pour les spécialités axées sur la réalisation dinterventions, comme la chirurgie, ne semblent pas sêtre matérialisées 7. Pour contrer la baisse possible du nombre dinteractions avec les patients, on a adopté des méthodes denseignement novatrices, telles que celles faisant usage de simulateurs dinterventions chirurgicales.
Dans de nombreux hôpitaux, on a transféré à dautres le travail excédentaire à lorigine effectué par les internes et les résidents. Pour certains programmes, la charge de travail des professeurs sest accrue, tout comme leur niveau de stress. Dautres établissements ont délibérément créé des unités de non-enseignement et embauché des fournisseurs «remplaçants», tels que des hospitalistes, des infirmières praticiennes et des adjoints au médecin, pour aider ou remplacer les résidents. Pendant des siècles, les hôpitaux universitaires ont bénéficié dun personnel à faible rémunération. En conséquence, on estime que même les modestes restrictions de lACGME ont coûté plusieurs milliards de dollars US.
Ceux qui croyaient que la sécurité des patients serait grandement améliorée si les résidents étaient bien reposés ont été déçus. Les événements indésirables chez les patients mettent souvent en cause plusieurs facteurs dont lépuisement des résidents nen est quun seul. En réponse aux préoccupations voulant que la sécurité des patients puisse être compromise par une interruption dans la continuité des soins, bon nombre détablissements ont adopté des politiques de transfert afin dassurer cette continuité. Le fait est que les patients semblent se porter aussi bien, sinon mieux, depuis lapplication des restrictions de lACGME 8.
Alors, où en sommesnous? Nous constatons quune réforme modeste, bien que coûteuse, des heures de travail des résidents na pas vraiment amélioré la sécurité des patients ou la formation des résidents, mais a offert à ces derniers une meilleure qualité de vie. Est-ce que des résidents plus heureux et en santé justifient ce changement? La réponse est oui. En forçant les résidents à demeurer en service alors quils sont épuisés, nous leur envoyons un message clair: il est acceptable dans la profession médicale de travailler au point de lincapacité fonctionnelle. Or, il faut encourager latteinte dun juste équilibre entre le travail et la vie personnelle et de saines habitudes de vie durant le programme de résidence, et non en dépit de celui-ci.
Comment traitons-nous nos résidents au Canada? Les accords de travail des résidents sont négociés à léchelle provinciale. La plupart des provinces nimposent aucune limite quant au nombre maximal dheures de travail par semaine, et les résidents peuvent être obligés de travailler 24 heures ou plus daffilée. Cela na aucun sens. Les camionneurs, le personnel de transport ferroviaire et les pilotes comptent parmi les professions qui bénéficient dune durée maximale de travail réglementée et de périodes de repos obligatoires. Une évaluation approfondie des heures de travail des résidents simpose en vue de leur bien-être. Toute proposition de réduction ou dajustement de ces heures de travail devrait être conjuguée à un sérieux examen de son effet sur la formation, car il faut sassurer que les résidents acquièrent les compétences et les aptitudes nécessaires à lexercice de leur profession. Ainsi, les Canadiens seront les bénéficiaires dun effectif compétent et en santé.
RÉFÉRENCES
Footnotes
Intérêts concurrents: Voir www.cmaj.ca/misc/edboard.shtml
Traduit par le Service de traduction de lAMC.
REFERENCES
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