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CMAJ • October 28, 2003; 169 (9)
© 2003 Canadian Medical Association or its licensors


Éditorial
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Échecs des pourparlers : aliments et commerce équitable

Au cours de la réunion de l'Organisation mondiale du commerce qui a eu lieu le mois dernier à Cancún, au Mexique, les délégués de 146 pays membres, des représentants d'organismes intéressés comme les Nations Unies et Oxfam, et la foule maintenant habituelle de militants ont concentré leur attention sur les efforts déployés pour corriger le déséquilibre commercial causé par les subventions à l'agriculture dans les pays riches. Les discussions se sont effondrées lorsque les délégués de l'Afrique, des Antilles et de l'Asie sont partis parce que les «superpuissances des subventions» n'ont pas proposé de réformes susceptibles d'alléger la domination qu'elles exercent sur la production agricole dans le monde en développement.

Chaque année, les pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) consacrent 330 milliards de dollars US au soutien de leur secteur agricole. Ces subventions — qui équivalent à plus de six fois le montant attribué à l'aide étrangère — font dégringoler les prix mondiaux, ce qui permet aux agriculteurs de plus en plus industrialisés des pays nantis de faire concurrence sur leurs propres marchés intérieurs et de dominer celui des exportations. Elles ont un effet dévastateur sur la production agricole des pays qui n'ont pas les moyens de subventionner leurs agriculteurs. Les barrières tarifaires entre les pays pauvres accentuent la distorsion économique et nuisent à la circulation des denrées, ce qui aggrave la situation.

L'agriculture du Tiers-Monde stagne à cause de nombreux facteurs allant des sécheresses à répétition jusqu'à la gouvernance médiocre, en passant par les lacunes latentes de la «révolution verte»1. Les pays industrialisés doivent toutefois faire face aux répercussions profondes que les subventions intérieures ont sur l'approvisionnement mondial en aliments. Les agriculteurs des pays pauvres qui gagnent de maigres revenus ou ont peu d'appui du gouvernement ne peuvent moderniser leurs fermes ou prendre de l'expansion afin d'occuper une partie du marché mondial. Ces lacunes compromettent l'approvisionnement local en aliments et rendent ces pays tributaires des importations — et des efforts de secours en période de famine.

Environ 70 % des pauvres du monde vivent en région rurale et leur survie dépend de l'agriculture2. Pour eux, les subventions des pays nantis à leurs producteurs sont dévastatrices. Les 25 000 producteurs de coton des États-Unis, par exemple, reçoivent 4 milliards de dollars US en subventions annuelles pour produire pour 3 milliards de dollars de coton3. Les quelque 11 millions de producteurs de coton de l'Afrique de l'Ouest ont de la difficulté à leur faire concurrence.

À la suite de l'effondrement des pourparlers de Cancún, on doute que l'OMC réussisse à supprimer d'ici janvier 2005 les barrières commerciales nuisibles. La Banque mondiale calcule que le programme de réforme du commerce lancé en 2001 à Doha, au Qatar, pourrait faire grimper le revenu mondial de jusqu'à 520 milliards de dollars US par année et que les pays pauvres bénéficieraient de la moitié de cette augmentation3. De tels gains aideraient énormément à faire disparaÎtre les disparités entre les pays riches et pauvres sur le plan de la santé. Les 83 pays du monde dont la situation est la plus pire — ceux dont le produit national brut par habitant n'atteint pas 1200 $US — affichent des taux excessivement élevés de mortalité prématurée (et évitable), en particulier chez les 0 à 4 ans (mortalité évitable à 88 %) et les 5 à 29 ans (mortalité évitable à 84 %)4. La mortalité maternelle et périnatale, les maladies évitables par la vaccination, l'infection respiratoire aiguë, la diarrhée et la carence en protéines et en micronutriments sont les principales causes de mortalité prématurée dans les pays pauvres5. Il est possible de soulager une grande partie de ces souffrances en fournissant simplement des «services à proximité des clients» — hôpitaux de base, cliniques, services de communication, médecins et infirmières de premier recours, sages-femmes. Une injection de 40 à 52 milliards de dollars US de plus dans les pays où le revenu par habitant n'atteint pas 1 $ par jour (et où vivent la plupart des pauvres du monde) permettrait d'éviter la mort de millions d'enfants, de mères et d'adultes4.

L'OMC est un fouillis de programmes, de contraintes et de buts divergents. Ses négociations controversées ont quand même des répercussions majeures sur la santé humaine, particulièrement dans les pays en développement. Des compromis et, à court terme du moins, des sacrifices, s'imposeront pour produire les retombées les plus importantes pour le plus grand nombre de personnes. Nous pouvons seulement espérer que la prochaine fois que les pays membres de l'OMC se réuniront, ils s'arracheront au fouillis des intérêts particuliers, du ressentiment et des ententes particulières entre pays pour réaliser des progrès durables en réduisant les obstacles économiques à l'équité dans le domaine de la santé. JAMC

References

  1. Sen G. World hunger, livelihoods, and the environment. Dans : Leith JA, Price RA, Spencer JH, directeurs. Planet earth: problems and prospects. Montréal et Kingston : McGill-Queen's University Press; 1995. p. 67-81.
  2. Banque mondiale. Survol. Dans : Global economic prospects 2004: realizing the development promise of the Doha agenda. Washington : Banque mondiale; 2004. Disponible à : www.worldbank.org/prospects/gep2004/index.htm (consulté le 3 octobre 2003).
  3. The Cancun challenge. Economist 2003;6 septembre:59-61.
  4. Jha P, Mills A, Hanson K, Kumaranayake L, Conteh L, et al. Improving the health of the global poor. Science 2002;295:2036-9.[Abstract/Free Full Text]
  5. Sachs JD, chair. Commission on Macroeconomics and Health. Macroeconomics and health: investing in health for economic development. Geneva: World health Organization; 2001. Available: www.cmhealth.org (accessed 2003; Oct 7).




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