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Dans l'ensemble, les rédacteurs de journaux sont profondément convaincus du principe selon lequel il faut diffuser le plus possible les résultats de recherches car la reproductibilité des résultats constitue l'un des piliers de la science. C'est pourquoi, pour publier dans Nature Medicine, «les auteurs (...) doivent rendre faciles d'accès pour les chercheurs universitaires le matériel et les méthodes utilisés» et il faut consigner les séquences génétiques dans des bases de données accessibles3. Or, depuis le 11 septembre, on craignent de plus en plus que la sécurité publique ne vienne entraver l'intérêt public de la libre recherche scientifique4.
Le 9 janvier 2003, la National Academy of Sciences et le Center for Strategic and International Studies des États-Unis ont coparrainé une assemblée de rédacteurs et de spécialistes en sécurité pour discuter de la censure de la science. À la suite de cette réunion, un «groupe de rédacteurs de journaux et d'auteurs» (32 participants, dont 16 rédacteurs) a conclu «qu'il y a de l'information qui (...) risque suffisamment d'être utilisée par des terroristes qu'il faut éviter de la publier»5 et a formulé quatre énoncés directeurs5,6.
Ces énoncés recommandent que les journaux établissent des procédures rédactionnelles qui les aideront à déterminer les manuscrits qui «soulèvent des préoccupations légitimes sur le plan des abus éventuels». Beatrice Renaud, rédactrice de Nature Medicine, et Samuel Kaplan, président du Comité des publications de l'American Society for Microbiology, ont produit récemment des comptes rendus de modifications apportées récemment à la façon de procéder à leur journal7. On demande aux auteurs, aux pairs critiques et aux rédacteurs de signaler les communications portant sur toute substance incluse dans la liste des agents de bioterrorisme des Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis8. Depuis la réunion du 9 janvier, l'American Society for Microbiology a repéré 600 communications dont deux seulement ont été considérées comme un risque possible sérieux. En fin de compte, les deux communications ont quand même été publiées.
Comment exactement peut-on peser les avantages et les risques que présente la publication d'une communication scientifique? Comme le reconnaissent les auteurs de l'énoncé, l'information qui peut être dangereuse est «impossible pour l'instant à saisir (...) par des listes ou des définitions»5. Les effets à long terme et indirects que la suppression de l'information peut avoir sur l'évolution des sciences et de la technologie sont tout aussi impossibles à mesurer : l'histoire de la science regorge d'exemples de découvertes attribuables au hasard et d'applications imprévues. On risque aussi de rendre les milieux de la recherche «frileux», ce qui pourrait se répercuter sur notre capacité de lutter contre le bioterrorisme. Il faut aussi nous demander si nous souhaitons que nos gouvernements orientent les programmes de recherche encore plus qu'ils ne le font maintenant. Les responsabilités sociales des milieux scientifiques et des gouvernements librement élus sont interdépendantes et les tensions qui règnent entre ces deux groupes comme gardiens de l'intérêt commun sont complexes. Heureusement, même s'il est beaucoup question d'une «nouvelle norme» imposée par les événements terribles du 11 septembre, les discussions en cours sur la censure de la science se reportent toujours au rapport Corson9 dont les auteurs ont conclu, pendant l'administration Reagan, que «l'on pourrait instaurer une plus grande sécurité par la recherche libre du savoir scientifique qu'en essayant de limiter la libre circulation des renseignements scientifiques10».
Il est clair que n'importe quel groupe terroriste ou gouvernement hostile bien financé pourrait recruter des scientifiques compétents et fournir l'équipement nécessaire pour transformer un savoir scientifique «innocent» en arme de bioterrorisme. L'évaluation exacte du ratio risqueavantage que présentent de nouvelles découvertes scientifiques exige une préscience que nul d'entre nous ne possède. Ainsi, la plus grande utilité des quatre énoncés consiste peut-être à démontrer au Bureau de la sécurité intérieure des États-Unis que l'on fait «quelque chose». Nul ne devrait toutefois tenter d'apaiser le public en lui faisant croire qu'il est possible d'empêcher totalement le savoir scientifique de tomber entre des mains dangereuses. JAMC
References
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